Décryptage

Quels besoins de financement pour le système de retraites ?

Quels besoins de financement pour le système de retraites ?

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a rendu public le 20 juin son rapport annuel sur les évolutions et perspectives des retraites en France. Qu’en retenir ?

Le COR a procédé à une actualisation de ses projections à court, moyen et long terme, en s’appuyant notamment sur les nouvelles projections démographiques et de population active de l’INSEE pour la période 2013-2070.

Par rapport à l’exercice précédent, ces projections mettent en évidence une réalité sensiblement moins favorable. Alors qu’était prévu en 2016, pour des scénarios de croissance supérieure à 1,3 % , un retour à l’équilibre de l’ensemble des régimes vers le milieu des années 2020, le rapport 2017 décale fortement cette perspective dans le temps.

En partant d’un besoin de financement en début de période de 0,2 points de PIB en 2016 et de 0,4 points de PIB en 2021, le COR estime que le système de retraites ne reviendrait à l’équilibre qu’au début des années 2040 dans un scénario de croissance de la productivité de 1,8 % et au début des années 2050 dans un scénario de 1,5 %. À l’inverse, le système de retraite resterait durablement en besoin de financement en cas de croissance des revenus d’activité inférieure à 1,5 % par an à long terme.

Graphique 1 : Solde financier projeté du système de retraites – Source : Conseil d’orientation des retraites

Comment expliquer ces différences d’un exercice de projection à l’autre ?

Le COR avance quatre raisons. La première tient à la révision des hypothèses démographiques de l’INSEE, avec un solde migratoire moins favorable et une espérance de vie accrue, notamment pour les hommes. La deuxième est que la population active croîtrait moins vite qu’anticipé antérieurement. La troisième résulte des hypothèses économiques de début de période, celles qui ont été retenues dans le programme de stabilité 2017-2020 présenté par le précédent Gouvernement en avril étant prudentes. Enfin, les hypothèses relatives à la croissance de l’emploi et des salaires dans la fonction publique ont un effet négatif sur les recettes globales du système, du fait des taux de cotisation plus élevés qui pèsent sur les traitements des fonctionnaires.

Pour autant, et dans presque tous les scénarios économiques examinés, la part des dépenses de retraites dans le PIB décroîtrait à long terme : de 14% aujourd’hui, cette part diminuerait de 1 à 2 points, selon les scénarios, d’ici 2060 ; dans un scénario de croissance faible (1%), cette part serait identique à celle qui est aujourd’hui observée.

Graphique 2 : Dépenses projetées du système de retraites – Source : Conseil d’orientation des retraites

 

Cette situation s’explique par l’effet à long terme des réformes successives du système. D’une part, la révision des âges légaux de départ et des durées requises pour le taux plein doit produire une élévation  des âges effectifs de départ. D’autre part, le mode d’indexation des droits et des pensions en fonction de l’inflation conduit à faire baisser les taux de remplacement, tels qu’ils sont mesurés au plan macro-économique par le rapport de la pension moyenne de l’ensemble des retraités au revenu d’activité moyen des actifs. Ce rapport diminuerait, entre 2016 et 2070, de 18 % dans le scénario de croissance à 1 % à 34 % dans le scénario de croissance à 1,8 %. Ce qui ne signifie pas que le niveau des pensions baisserait en termes absolus – puisqu’il augmenterait – mais qu’il augmenterait moins vite que le niveau des salaires.

Quels sont les choix possibles ?

Il n’est pas raisonnable de compter sur le seul retour de la croissance pour équilibrer le système, d’autant que les économistes sont incertains sur l’évolution de la productivité dans les prochaines décennies.

Trois leviers de rééquilibrage existent : le niveau des pensions, le niveau des ressources et l’âge de départ.

Alors que des baisses des taux de remplacement sont programmées et que le niveau des prélèvements sur le travail atteint déjà des niveaux trop élevés, des mesures permettant d’accroître la population active, par un recul de l’âge effectif de départ en retraite, paraissent seules envisageables.

Selon les calculs du COR, l’effort ne paraît pas hors de portée : dans le scénario d’une croissance de 1,3 %, il serait nécessaire de porter cet âge à 64,7 ans en 2070 (au lieu de 63,7 ans, qui est l’âge effectif qui résulte, dans les projections, des réformes passées). Il est urgent d’ouvrir ce débat.

Graphique 3 : Age moyen de départ projeté – Source : Conseil d’orientation des retraites