Focus social

La CGT flirte avec La France Insoumise

La CGT flirte avec La France Insoumise

Depuis son arrivée à la tête de la CGT, Philippe Martinez n’a eu de cesse que de mettre à bas le lent travail opéré par ses prédécesseurs, Louis Viannet puis Bernard Thibault, pour tenter de « resyndicaliser » une confédération longtemps vécue comme la courroie de transmission du Parti communiste. Une radicalisation et une politisation qui ne paient pas.

Lors du congrès d’avril 2016 à Marseille qui a légitimé son accession au secrétariat général,  le nouveau patron de la CGT a publiquement pris ses distances avec l’orientation du « syndicalisme rassemblé », adoptée au milieu des années 1990 sous l’impulsion de Louis Viannet et poursuivie par Bernard Thibault. Cette orientation visait à rechercher l’unité dans l’action avec les autres organisations syndicales, et en particulier la CFDT. Et elle reconnaissait plus ou moins explicitement l’importance de la négociation collective pour obtenir des avancées sociales. Mieux, le nouveau leader de la CGT a renoué avec une posture de lutte des classes, en insistant sur la nécessité d’amplifier partout le rapport de force face au pouvoir en place.

Retour à la politisation

Depuis la CGT a fait feu de tout bois, en multipliant les journées d’action interprofessionnelle contre la loi El Khomri, puis contre les ordonnances Macron. Avec un seul objectif : le retrait pur et simple du projet de réforme, tandis que les autres organisations syndicales s’efforçaient d’obtenir des modifications du texte par la voie de la concertation. Elle a engagé une partie de bras de fer avec le gouvernement –au détriment des salariés usagers –  pour obtenir l’abandon de la réforme de la SNCF et a suivi le syndicat très corporatiste des pilotes d’Air France dans son mouvement de grève pour arracher à la direction une hausse salariale absolument extravagante.

L’apogée dans la radicalisation de la CGT a été atteinte avec sa décision de participer le 26 mai dernier à la journée de mobilisation orchestrée par la France insoumise, renouant ainsi avec une politisation de son action que l’on croyait appartenir au passé. En 2005, à l’instigation de Bernard Thibault, la CGT avait notamment exclu « toute participation, sous quelque forme que ce soit, à une coalition à vocation politique ».

Le moins que l’on puisse dire c’est que cette stratégie contestataire n’est pas couronnée de succès. L’opposition frontale à la loi El Khomri, puis aux ordonnances Macron, a débouché sur des échecs flagrants. Les journées de manifestation n’ont guère mobilisé. La convergence des luttes tant espérée ne s’est pas produite. La grève des cheminots est en voie d’essoufflement et le conflit à Air France a fragilisé l’entreprise sans que les revendications ne soient satisfaites.   

Fuite en avant

Atteinte du syndrome de la citadelle assiégée, la CGT est engagée dans une fuite en avant. Ses effectifs s’érodent. Son influence est en net recul dans de très nombreuses entreprises, autrefois des bastions : à la SNCF où elle n’obtient plus qu’un tiers des suffrages contre la moitié il y a dix ans, à Air France où elle est passée en 2015 de la première à la quatrième place, à la Poste, chez EDF, Renault ou Orange… Sa situation est également critique au plan national, puisque la CFDT l’a devancée en 2017 comme première organisation syndicale française en termes de représentativité électorale.

En radicalisant ses propos et son action, sous la pression de cadres intermédiaires venus de l’extrême-gauche et de la France insoumise, comme l’avouent mezza voce certains de ses dirigeants, la CGT espère peut-être reconquérir une légitimité auprès de salariés frustrés ou mécontents. La réalité est qu’elle s’isole : son discours et ses modalités d’action apparaissent de plus en plus anachroniques aux yeux de la grande masse des salariés, notamment ceux du privé. Si elle persiste dans cette impasse, son déclin sera inéluctable.