Décryptage

Compétences des salariés et besoins des entreprises : le grand écart

Compétences des salariés et besoins des entreprises : le grand écart

Beaucoup d’employeurs peinent à trouver les salariés aux qualifications et compétences utiles à l’entreprise. Cette inadéquation, qui concerne environ 30% des salariés dans l’OCDE, pèse sur la productivité et la croissance.

Inadéquation des qualifications et inadéquation des compétences

L’inadéquation du niveau de qualification apparaît quand le niveau du diplôme du salarié – CAP, bac, supérieur – est supérieur ou inférieur à celui qui est requis pour son emploi. Au sein de l’OCDE, environ un tiers des salariés n’auraient pas le bon niveau de qualification. Ils seraient 45% en France. Les diplômés du supérieur qui occupent un poste prévu pour un salarié de niveau bac ont un salaire (donc, a priori, une productivité) inférieur de 20% à celui des salariés de même qualification et occupant un emploi de leur niveau.

L’inadéquation du niveau de formation, si elle est facile à mesurer, ne reflète cependant que des compétences certifiées, et non l’expérience professionnelle. Il est plus pertinent alors de s’intéresser à l’inadéquation des compétences. Selon l’OCDE, environ 25% des salariés n’auraient pas les compétences requises par le poste qu’ils occupent. Soit que leurs compétences leur permettraient d’accomplir des taches plus complexes. Soit qu’ils ont besoin d’une formation supplémentaire pour accomplir leurs tâches. Dans les deux cas, il y a perte de productivité pour l’économie. En France, cet écart est particulièrement concentré sur les métiers et compétences technologiques.

Le rôle méconnu des politiques structurelles

L’inadéquation des compétences des salariés avec les besoins des entreprises peut refléter une économie qui maintient des personnes « sur-compétentes » dans des entreprises peu performantes. C’est le cas si la concurrence sur les marchés est trop faible (comme dans les services), si le droit du licenciement est trop restrictif (et ralentit l’adéquation des compétences), si le droit des faillites ralentit la disparition des entreprises les moins performantes, si les politiques du logement ne favorisent pas la mobilité géographique. Naturellement les systèmes de formation professionnelle ont aussi un rôle important à jouer.

Les esprits n’ont guère conscience du sujet. Près de la moitié des salariés français auraient des difficultés à lire et écrire de façon fluide et sans erreurs – pourtant, près de la moitié s’estiment trop compétents pour leur poste, un record dans l’OCDE.