Décryptage

Le difficile reflux du chômage

Le difficile reflux du chômage

Alors que la croissance du PIB a atteint 2,2 % sur un an au troisième trimestre 2017 en France, le chômage au sens du Bureau international du travail est momentanément remonté à 9,4 % de la population active en métropole. Bien que lié à un aléa, ce résultat interroge sur l’incapacité de l’économie française à faire reculer durablement et sensiblement le taux de chômage.

Ce mouvement a surpris alors que la quasi-totalité des indicateurs économiques est aujourd’hui bien orientée. En effet, les créations d’emplois sont nombreuses dans le secteur privé   (+ 240 000 sur un an au troisième trimestre), les carnets de commandes des entreprises sont bien garnis et le climat des affaires est au plus haut depuis 2007. Cette hausse est toutefois survenue simultanément à la baisse du halo du chômage : celui-ci regroupe des individus considérés comme inactifs mais qui restent proches du marché du travail. Ainsi, le nombre de personnes souhaitant travailler mais ne recherchant pas activement un emploi (donc exclues de la définition du chômage) a chuté de 45 000 entre le deuxième et le troisième trimestre. L’embellie économique et l’accélération des recrutements les a probablement incitées à vouloir réintégrer le marché du travail, contribuant à une augmentation temporaire du nombre de chômeurs.

Le dernier chiffre présenté par l’Insee ne remet pas en cause la tendance, qui est clairement à la baisse depuis début 2016. En glissement annuel, le taux de chômage diminue ainsi de 0,3 point. Cette amélioration reste toutefois très poussive en regard des résultats enregistrés par la majorité de nos voisins européens. L’indicateur affiche en effet un recul d’1 point sur un an dans l’ensemble de la zone euro, ressortant à 8,8 % en octobre 2017, niveau le plus bas depuis la fin 2008. La France est désormais le cinquième pays de la zone euro ayant le taux de chômage le plus élevé, dépassée seulement par les pays ayant été durement touchés par les crises de 2008 et 2012 (Grèce, Espagne, Italie, Chypre). Certes, la population active continue de progresser dans notre pays, se traduisant par un accroissement du nombre de personnes à insérer dans l’emploi, mais à un rythme bien moindre ces dernières années (+ 0,2 % l’an depuis 2015 contre + 0,7 % en moyenne entre 2005 et 2013).

Avec un taux de chômage de 9,4 %, la France aurait en fait quasiment retrouvé son niveau d’équilibre. Mesuré par la Commission européenne et l’OCDE, celui-ci correspond au « taux de chômage qui n’accélère pas l’inflation » (NAIRU) et est estimé à 9,2 % en 2017. Cela signifie que lorsque l’économie française croît à son potentiel, le taux de chômage se situe théoriquement à ce niveau ; ce dernier reflète les difficultés structurelles du marché du travail. Sa réduction passe par la mise en place de réformes institutionnelles connues : baisse du coût salarial, flexibilisation du marché du travail, formations en adéquation avec les besoins des entreprises, etc.